Fer et savoir-faire

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L’usage des métaux, remontant à plusieurs millénaires, a été une étape importante dans l’évolution de l’humanité. Au travail du bronze, de l’or et de l’argent succède celui du fer connu depuis le IIème millénaire av J.C. Ce métal est celui des outils et des armes d’abord, et il donne aux civilisations qui en maîtrisent la fabrication des moyens de domination du milieu par l’agriculture, mais aussi le moyen de dominer, par les combats, les peuples qui en sont dépourvus.

Les premiers progrès dans la fabrication du fer sont réalisés sous l’impulsion des moines qui possèdent les terres renfermant le minerai et les forêts permettant sa fonte. Ce sont ensuite les progrès dans la production des énergies qui accélèrent l’évolution des techniques : force hydraulique, puis de la vapeur et de l’électricité. S’ajoutent alors d’autres productions, l’acier à faible teneur en carbone, la fonte à plus forte teneur et propre au moulage et les aciers spéciaux obtenus par alliages.

Le travail du fer passe par le feu et la recherche de températures élevées pour le débarrasser de ses scories et de son oxygène. Mais c’est aussi en le chauffant pour le rendre malléable qu’on peut le travailler. Le feu de la forge permet cette transformation et pour cette raison celui qui opère dans ce lieu apparaît comme pourvu d’un pouvoir indispensable à la communauté villageoise mais qui a longtemps inspiré crainte et respect.

Le fer chauffé dans la forge est martelé sur l’enclume pour en extraire les impuretés. Devenu ainsi malléable, il est ensuite façonné en pièces, étiré ou courbé en volutes. Ces pièces seront assemblées par des rivets ou des collets ou encore par des soudures à chaud. Le fer peut aussi être martelé à l’étampe, au moyen d’une forme en relief pour façonner l’objet à produire. Selon le travail à réaliser le fer est porté à des températures différentes qui lui donnent la teinte adaptée pouvant aller du rouge cerise au blanc. La ferronnerie devient l’art du feu et de la courbe.

Si le fer est d’abord utilisé pour les outils agricoles ou domestiques constituant la ferronnerie populaire réalisée par les maréchaux-ferrants, il est aussi utilisé pour des outils et accessoires divers ainsi que pour les armes et les parures. Par ailleurs, on l’emploie très tôt dans les bâtiments dès le VIème siècle av J.C. en Chine et le IVème s. av J.C. en Inde.

 

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Utilisé pour renforcer le bois par le cerclage des tonneaux chez les Celtes, le fer trouve une fonction de protection à l’époque romane. La ferronnerie fournit alors des barreaux verticaux assurant la sécurité des ouvertures des habitations, puis des pentures pour les portes des édifices, des serrures et des clés, le fer devient ensuite un élément à part entière de la construction avec la ferronnerie architecturale dans les édifices religieux où des grilles permettent des séparations intérieures sans couper l’espace tout en laissant passer la lumière. Les utilisations de la ferronnerie s’étendent à d’autres domaines tels que la décoration extérieure et intérieure.

On retrouve cette même utilisation plus fréquente encore à l’époque gothique dans les cathédrales où la structure verticale porte souvent un couronnement. La ferronnerie est alors un art surtout religieux. C’est ensuite sous l’influence du modèle Renaissance venu d’Italie à la fin du XVème siècle puis du modèle espagnol plus tardif au XVIIème siècle que la ferronnerie connaît un essor rapide en France. Cessant d’être utilisée seulement comme une protection renforçant le bois, et se substituant à la pierre, elle est employée pour les balustres, les rampes d’escaliers ou les balcons, balconnets, garde-corps et même parfois pour les colonnes et elle s’orne de motifs dorés ou argentés comme à Versailles dont les réalisations datent de 1679.

Après une période de recul à la fin du XVIIème, la ferronnerie connaît un retour au XVIIIème avec le style baroque qui l’enrichit de rocailles, de courbes, de galbes et de coquilles, de volutes utilisant la tôle rehaussée de motifs végétaux parfois associés au bronze et revêtus de feuilles d’or. Les grilles de la Place Stanislas à Nancy réalisées par Jean Lamour en sont l’exemple.

Le XIXème avec la révolution industrielle fournit le fer, l’acier et la fonte en grandes quantités et à des prix plus accessibles. Ces produits constituent des matériaux de construction nouveaux utilisés par G. Eiffel, Hitthorf et Baltard, pour les ponts, gares, halles et églises. Les utilisations se diversifient et se multiplient avec des modèles proposés sur catalogues: grilles de clôtures, portails monumentaux, balcons, rampes d’escaliers et elles s’étendent à l’art funéraire et aux croix de carrefours. Les habitations se parent de vérandas et de marquises, les intérieurs sont décorés de lampadaires, de lustres et d’accessoires de cheminées. Pergolas, gloriettes et kiosques ornent jardins publics ou privés.

Mais la ferronnerie doit répondre à une nouvelle demande avec l’essor des Arts Décoratifs et c’est l’Art Nouveau qui répand son utilisation avec l’objectif de rendre tous les arts accessibles à toutes les classes sociales. Gaudi, Horta, Majorelle et Guimard à partir d’une nature stylisée recherchent la légèreté, l’asymétrie et la finesse des ouvrages. Avec l’Art Déco du début du XXème on revient à des formes plus épurées ou inspirées des arts africains que l’on découvre. Interviennent également des mélanges de matières et l’utilisation des couleurs dans les recherches du modernisme.

Les métiers du fer, depuis leur apparition, se sont considérablement diversifiés. Le fondeur de l’époque romaine est devenu le fèvre, terme dû à l’ancien français. Au XIIème siècle le forgeron se distingue du féron, marchand de fer, devenu ensuite le ferronnier. C’est au XIIIème siècle que la corporation des maréchaux-ferrants est créée, pour se maintenir jusqu’au XVIIème alors que celle plus tardive des serruriers date du début du XVème siècle C’est aux  artisans de ces deux corporations que revient la spécialisation en fer forgé et en ferronnerie. Le maréchal-ferrant, outre le ferrage des animaux de trait, produit des objets utilitaires nécessaires au travail et à la vie domestique, comme ceux qui concernent l’âtre, pinces, chenets, etc. Le ferronnier produit des œuvres artistiques telles que balcons, mais aussi des objets décoratifs et utilitaires tels que chandeliers, heurtoirs, etc.

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Les métiers du fer actuellement utilisent le plus souvent des pièces préforgées fournies par l’industrie et, entre héritages du passé et nécessités nouvelles, ils se sont diversifiés d’une façon considérable. Si serruriers, couteliers, armuriers, taillandiers, cloutiers…. maintiennent des activités anciennes dans la tradition des ferronniers, de nouvelles activités de charpentiers et métalliers du bâtiment se sont développées, si certaines de ces activités connaissent un déclin, d’autres connaissent un regain avec la recherche d’un décor toujours renouvelé dans ses formes et ses matières.

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